Fraser J. Goodmurphy, London, Canada.
Massimo Pandolfo, Centre de Recherche Louis-Charles Simard, Montréal, Canada.

 Dans la revue SCIENCE de mars 1996, le Docteur Massimo Pandolfo et ses collègues de Houston (Texas) et d'ailleurs à travers le monde, ont annoncé le clônage du gène responsable de l'Ataxie de Friedreich (AF). L'AF est une maladie neurodégénérative héréditaire récessive, caractérisée par une vaste gamme de symptômes, incluant des complications au niveau du cœur, des muscles, du squelette et du métabolisme. Depuis sa découverte par Nicholas Friedreich (Professeur de médecine à Heidelberg en Allemagne) voilà plus de 120 ans, la cause de l'AF est demeurée un mystère et l'AF incurable. Depuis leur déménagement à Montréal, le Dr. Pandolfo et plusieurs laboratoires du Canada, des États-Unis, de la France, de l'Italie et de la Belgique, ont pu éclaircir comment la déficience en FRATAXINE (la protéine manifestée par le gène X25 de l'AF) semble être la cause de l'AF et que cette cause POURRAIT finalement être traitée. Bien que la relation entre le rôle de la Frataxine et la cause de l'AF est basée sur une THÉORIE et sur de L'OBSERVATION, elle pourra éventuellement conduire à des essais cliniques. Cette découverte est très importante malgré le fait qu'aucun médicament n'est encore disponible afin de traiter ou de guérir la cause de cette maladie de manière efficace et sans risques. Il y a donc une raison bien fondée d'espérer qu'un traitement pouvant enrayer ou ralentir la progression de l'AF soit à l'horizon.



Au cours de l'année dernière, les laboratoires à travers le monde ont remarqué que la Frataxine est apparemment une protéine mitochondrique, concentrée dans les minuscules structures à l'intérieur des cellules, qui transforment la nourriture en énergie. Lorsque le Dr. Jerry Kaplan et ses collègues (University of Utah) ont altéré un gène dans la "Levure de boulanger" (Yeast Frataxin Homologue 1, YFH1) qui est génétiquement similaire à X25, du fer s'accumule dans la mitochondrie, possiblement en catalysant la production de radicaux libres; en "aidant chimiquement" la formation de molécules instables qui détruisent les nerfs et les organes. Ces observations, présentées dans le SCIENCE du 13 juin 1997 dans un article écrit en collaboration avec le Dr. Pandolfo, suggèrent que le processus d'accumulation de fer dans la mitochondrie pourrait être étudié à l'intérieur des cellules de l'AF dans une éprouvette. Si l'accumulation semble causer la dégénérescence caractéristique de l'AF, l'efficacité de chélateurs de fer (médicaments détruisant le fer des cellules) peut être évaluée afin de protéger les cellules. Si cette relation est valable et efficace, une étude sur les bienfaits thérapeutiques des chélateurs de fer, par eux-mêmes ou combinés avec des antioxydants tels que la vitamine E, peut être considérée chez les individus diagnostiqués de l'AF.

Bien que cette nouvelle soit très excitante, plusieurs points sur l'hypothèse même ainsi que sur la méthode de test doivent être considérés avant de pouvoir être mis en application, particulièrement chez l'humain. De toute évidence, nos cellules sont beaucoup plus complexes que celles d'une levure. Puisque nous ne pouvons vivre sans mitochondrie fonctionnelle et puisque nos cellules en contiennent un nombre varié, contrairement à la levure, la relation entre l'accumulation de fer et la dégénérescence caractéristique de l'AF n'est peut-être pas aussi simple qu'elle le semble. De plus, puisque tous ceux d'entre nous qui sont diagnostiqués de l'AF manifestent une certaine quantité résiduelle de Frataxine, indépendamment de nos différences d'ADN face à la norme, les observations provenant des cellules de levure ne sont peut-être pas entièrement compatibles avec le processus qui cause l'AF chez l'être humain. Plusieurs laboratoires à travers le monde travaillent avec acharnement sur la mise au point d'un modèle "transgénétique" de l'AF chez les souris afin d'étudier le fonctionnement de la Frataxine chez les organismes qui se rapprochent le plus de l'être humain, mais jusqu'à présent, aucun résultat de ces études n'a été publié.

Bien qu'il y ait eu publication d'un résultat indiquant qu'un seul individu atteint d'Acéruloplasminémie (une maladie neurodégénérative autosomique récessive caractérisée par un excès de fer dans le système nerveux) a été traité à l'aide d'un chélateur de fer, le médicament spécifique comprend plusieurs inconvénients. Il est très dispendieux, il n'est pas tellement efficace chez les enfants, et il provoque occasionnellement des effets secondaires toxiques. En outre, il n'est pas administré par voie orale mais plutôt injectée ou infusé à l'aide d'une petite pompe. Un médicament oral est présentement en essai au Canada et en Europe, mais les preuves de son emploi sans risques et de sa capacité à éliminer le fer (l'éliminer des cellules surchargées de fer) restent encore à faire. Mesurer l'étendue du surplus de fer et le dommage radical chez les personnes atteintes de l'AF est aussi un problème complexe. Les minéraux ne peuvent être aisément visualisés par des techniques d'étude non-envahissantes telles l'Image à Résonance Magnétique (MRI), qui, en fait, représentent les structures d'après leurs différences en milieu liquide. La production et le dommage des radicaux libres sont eux aussi impossibles à calculer dans un organisme, pour le moment présent. Cependant, des procédures peuvent être développées, permettant d'accroître la sensibilité du MRI au fer et des expériences sont présentement en cours, pour ceux qui sont atteints de l'AF visant à élargir l'évaluation des radicaux libres au-delà des échantillons de tissu et des cellules cultivées.

Ces derniers doivent être pris en considération car la sévérité et les symptômes de l'AF varient énormément. Avant que quelqu'un diagnostiqué de l'AF puisse être traité avec un chélateur de fer ou un antioxydant, il doit être prouvé, au-delà du doute raisonnable, que l'accumulation de fer dans la mitochondrie est en fait la cause première de la progression de l'AF, et que ce genre de traitement est sécuritaire et efficace. Cependant, plusieurs circonstances nous permettent d'être optimiste. Il y a presque 20 ans, un autre neurologue, de l'Université de Sherbrooke au Québec, a observé une accumulation de fer dans la mitochondrie des cellules cardiaques chez ceux qui sont atteints de l'AF. Jusqu'à cette année, la cause de cette accumulation est demeurée un mystère; jusqu'à ce que la génétique soit suffisamment avancée pour révéler que la protéine manifestée par X25 pourrait causer l'accumulation de fer qui semble produire l'AF. Au récent "First International Symposium on Inherited Ataxias" tenu à Montréal, le Dr. Pandolfo a recueilli les noms d'au moins 20 neurologues et généticiens du Canada, des États-Unis, de l'Angleterre, de l'Italie, de l'Espagne, de la France, de l'Allemagne, de l'Australie et de la Russie qui sont intéressés à étudier les possibilités d'un traitement de cette accumulation à l'aide de chélateurs de fer et d'antioxydants.

Ce comité global a plusieurs buts à atteindre avant de se lancer dans les essais cliniques: le développement d'un modèle efficace de l'AF chez les souris, la mise au point d'un chélateur de fer sans risque et efficace, la sélection d'un antioxydant approprié et le développement d'une méthode de mesure représentative des effets. Selon le Dr. Pandolfo, le comité veut "bien faire les choses". Ils vous incitent à ne pas demander de chélateurs de fer à votre docteur et ils vous conseillent de ne pas essayer d'éliminer le fer entièrement de votre régime car la carence en fer est la cause directe de plusieurs autres maladies qui sont tout aussi sérieuses que l'AF. Cela fait longtemps que nous attendions tous cette nouvelle. Des résultats encourageants peuvent être publiés plus tôt que vous ne le croyez. En attendant, puisque la recherche sur l'AF n'est pas bien supportée, vous pouvez penser à aider les fonds pour ce projet en donnant votre temps et votre argent à l'une des organisations qui finance la recherche sur l'AF dans votre pays. En tant que personne qui affronte l'AF depuis 20 ans, je crois que nous avons tous une bonne raison d'être optimiste quant à la venue d'un traitement qui a des chances de réussir dans un futur prochain.

Traduction de l'anglais, Kathy Dufour, Sept-Iles, Canada.

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Petite note personnelle:

Depuis le début de l'année 1999, des tests sont effectués pour vérifier les effets d'un nouveau médicament. Il s'agit de l'Idébénone, qui agirait comme protecteur de la cellule, pour éviter que celle-ci ne soit détruite sous les effets toxiques de l'accumulation de fer!
Les chélateurs de fer n'ayant pas prouvé leur efficacité à l'intérieur des cellules et la thérapie génique souffrant encore de sérieux manques, c'est la seule solution trouvée à l'heure actuelle par nos chercheurs!
Espérons que l'Idébénone sera le médicament de la stabilisation... en attendant le remède-miracle, qui saura guérir l'Ataxie!