Problèmes cardiaques dans
l'Ataxie de Friedreich
par Pieter A. Doevendans
Environ 90% des patients atteints de
l'ataxie de Friedreich (AF) présentent éventuellement des symptômes cardiaques.
En général, l'ataxie précède le début des symptômes cardiaques. Chez la plupart
des patients, il s'agit d'une maladie cardiaque appelée hypertrophie
ventriculaire gauche. L'hypertrophie ventriculaire gauche est une augmentation
de l'épaisseur de la paroi et du septum du ventricule gauche.
Une minorité de patients ne développe pas
cette hypertrophie, au contraire, ils présentent une dilatation du ventricule
gauche. Il existe une controverse actuellement, à savoir si les patients
atteints d'AF ont une maladie coronarienne et quelles artères du cœur sont
impliquées.
Les arythmies sont un autre problème
important chez les patients atteints d'AF et cela peut mettre leur vie en
danger.
En 1987, le Dr. James a publié un article
dans le British Heart Journal dans lequel il démontre l'interaction de
différents éléments du cœur qui contribuent au développement de la
cardiomyopathie.
Les perturbations biochimiques causées
par le déficit en frataxine peuvent vraisemblablement provoquer une neuropathie
cardiaque, une atteinte de l'innervation cardiaque, une maladie coronarienne et
des changements dans le muscle cardiaque entraînant une cardiomyopathie.
L'atteinte du système nerveux et des artères coronaires peut également
contribuer au développement de la cardiomyopathie. Dans notre discussion des
problèmes cardiaques, nous mettrons l'emphase sur les symptômes des différentes
maladies cardiaques, leur diagnostic et leur traitement.
D'abord, un diagnostic exact d'ataxie de
Friedreich implique un test de biologie moléculaire pour mettre en évidence les
mutations du gène de la frataxine. On utilise l'électrocardiographie pour
évaluer le rythme et la conduction cardiaques. L'échocardiographie peut être
utilisé pour visualiser les structures cardiaques. La résonance magnétique
cardiaque est une technique d'imagerie plus avancée qui révèle encore plus de
détails. Dans certains cas, il peut être nécessaire d'obtenir un échantillon de
tissu, ce qui peut être fait par biopsie en prélevant un petit fragment
d'environ 1 mg de tissu au niveau du ventricule droit ou du septum.
Les arythmies peuvent être diagnostiquées
par électrocardiographie et sont de deux ordres:
1. la bradycardie, qui est un rythme
cardiaque lent, due la plupart du temps à une maladie du nœud sinusal, une
petite région du cœur qui établit le rythme cardiaque ("pacemaker").
2. la tachycardie qui est un rythme
cardiaque rapide, peut être subdivisée en tachycardie ventriculaire, une
condition qui ne met pas la vie du patient en danger, et la tachycardie
supraventriculaire, un problème sérieux, qui peut mettre la vie en danger à
cause de l'inefficacité du cœur à pomper le sang quand le rythme cardiaque est
très rapide.
Les symptômes de la bradycardie sont les
palpitations, les étourdissements et la perte de conscience. Le traitement
approprié implique la mise en place d'un stimulateur cardiaque pour corriger le
rythme cardiaque lent.
La tachycardie peut être diagnostiquée
par un rythme cardiaque rapide qui provoque une perte de conscience et dans
certains cas, une mort subite au moment où le rythme cardiaque passe d'un rythme
normal à un rythme rapide. En général, les tachycardies supraventriculaires
peuvent être traitées par des médicaments qui contrôlent le rythme cardiaque
tels la digitaline, les B- bloquants ou l'amiodarone et le sotalol.
Les effets de ces médicaments sur la
tachycardie ventriculaire sont moins clairs et dans certains cas, il peut être
nécessaire d'implanter un appareil capable de reconnaître les arythmies
ventriculaires et d'administrer le traitement électrique approprié.
La plupart des patients atteints d'AF
développeront éventuellement une cardiomyopathie hypertrophique. La capacité du
coeur à s'adapter à des altérations hémodynamiques est limitée. Les
cardiomyocytes (cellules musculaires cardiaques) endommagés ne peuvent pas être
remplacés et leur seule façon de s'adapter est d'augmenter leur taille. Il n'y a
pas d'augmentation du nombre de cardiomyocytes. L'adaptation globale du cœur
dépend de la réponse des myocytes individuellement, mais l'hypertrophie peut
être symétrique, impliquant toutes les parties du cœur, ou asymétrique,
impliquant surtout le septum, sans qu'il y ait une augmentation évidente du
reste du cœur. Dans quelques cas, la dilatation du ventricule gauche est le
premier signe de maladie cardiaque.
Le traitement dépend des symptômes. Le
symptôme le plus important que les patients peuvent développer à cause de
l'hypertrophie est la dyspnée (manque de souffle), les douleurs thoraciques, les
étourdissements et la perte de conscience. Les B-bloquants peuvent être utilisés
pour diminuer ces symptômes. Les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de
l'angiotensine peuvent aussi être utiles et, chez certains patients, il est
nécessaire d'utiliser des diurétiques pour réduire le volume sanguin. Il a été
rapporté que certains patients sont soulagés par les bloquants des canaux
calciques tels le vérapamil. La perte de conscience peut être reliée au
développement d'arythmie et donc les médicaments antiarythmiques peuvent être
indiqués dans certains cas.
Aucun de ces traitements n'arrête la
progression de la maladie cardiaque ou procure une amélioration nette de la
fonction cardiaque. Cependant, ces médicaments sont utiles pour diminuer les
symptômes.
On ne sait pas grand-chose de la maladie
coronarienne qui peut se développer chez les patients atteints d'AF, mais il a
été démontré qu'il peut y avoir un processus d'obstruction des artères
coronaires, qui est différent de l'athérosclérose et qui implique surtout les
petits vaisseaux du cœur. Les symptômes sont des douleurs thoraciques lors de
l'exercice initialement, mais également au repos dans certains cas.
Le traitement est symptomatique, surtout
au moyen de vasodilatateurs: les nitrates et les bloquants des canaux calciques.
Il y a quelques cas qui ont été décrits dans la littérature chez qui les
premiers symptômes ont été de nature cardiaque, avant le début de l'ataxie. Chez
quelques jeunes patients par exemple, les douleurs thoraciques ont été le
symptôme initial.
Dans la littérature, il existe des
données qui sont en faveur d'une relation entre la taille des répétitions GAA et
le degré d'épaississement de la paroi cardiaque, tel que rapporté par Isnard
dans un article publié dans Circulation au début de 1997. Il n'existe pas de
relation absolue et donc il n'est pas possible de prédire les changements
phénotypiques en fonction du génotype. Cependant, nous savons que la taille de
la répétition GAA a un effet sur la maladie cardiaque.
Pour mieux documenter la maladie
cardiaque, il sera essentiel de développer un modèle animal. Une souris
"knock-out" (souris dont le gène est inactivé ou absent) pourrait nous donner un
modèle animal dans lequel la frataxine fait défaut seulement dans le cœur et non
dans les autres tissus. Ceci nous permettrait d'évaluer l'impact direct d'une
déficience en frataxine sur les cardiomyocytes.
Les techniques de ciblage génique sont
disponibles et nous espérons que nous pourrons effectuer ces expériences
bientôt. Ceci nous permettra également d'étudier l'effet du traitement sur la
fonction cardiaque en général et spécifiquement sur les
cardiomyocytes.
