Utilisation de l'idébénone dans le traitement de l'ataxie de Friedreich.


Michel Vanasse, neurologue.



Depuis le mois de novembre 1999, nous avons entrepris une étude pilote visant à évaluer l'efficacité et les effets secondaires de l'idébénone chez onze enfants et adolescents atteints d'ataxie de Friedreich suivis à l'hôpital Marie Enfant et dont nous avons analysé les évaluations. Dix adultes sont encore sous traitement au CHUM et dont les évaluations ne sont pas encore complétées.

L'ataxie de Friedreich est une maladie héréditaire qui débute durant l'enfance ou l'adolescence et qui se manifeste par des troubles de l'équilibre et de la coordination (ataxie) associés à un épaississement et à une atteinte du fonctionnement du muscle cardiaque (cardiomyopathie). Cette maladie résulte d'une diminution marquée de la fabrication de frataxine dans les cellules des individus atteints. Cette diminution de frataxine entraîne une accumulation excessive de fer au niveau des cellules, ce qui résulte en un mauvais fonctionnement des mitochondries, particulièrement au niveau du système nerveux et du coeur. Les mitochondries sont les structures qui génèrent l'énergie au niveau cellulaire et qu'on peut comparer au carburateur d'un moteur d'automobile. Ce mauvais fonctionnement des mitochondries se manifeste aussi par une augmentation excessive de certains produits dans le sang dont la malondialdéhyde que nous avons mesurée tout au cours de notre étude.

Après avoir étudié différentes approches pour améliorer la fonction des mitochondries, nous avons décidé d'étudier l'idébénone chez une vingtaine de personnes atteintes d'ataxie de Friedreich. Nous avons choisi ce médicament pour différentes raisons. D'abord parce que nous savions que l'idébénone avait été utilisé par des chercheurs français avec un certain succès (au niveau cardiaque surtout) chez trois patients atteints d'ataxie de Friedreich. De plus, nous savions aussi que ce médicament avait produit une amélioration chez des patients atteints de la maladie d'Alzheimer, sans produire d'effets secondaires, ce qui nous permettait de croire que l'idébénone pouvait agir au niveau du système nerveux central et ne présentait pas de risques significatifs de toxicité.

Nous avons donc donné une dose quotidienne d'idébénone de 5 mg par kilogramme par jour à onze enfants ou adolescents atteints d'ataxie de Friedreich qui ont été évalués de façon systématique avant de débuter cette médication puis à chaque trois mois par la suite. Cette évaluation comprenait une visite médicale, une évaluation cardiologique extensive, des tests fonctionnels pour mesurer l'équilibre et la coordination, un dosage de la malondialdéhyde sanguine et finalement des tests sanguins et urinaires pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'effets toxiques de la médication.

Après un an de traitement, ces évaluations répétées nous ont permis de constater soit une légère amélioration soit une stabilité de la condition cardiaque chez tous les enfants ou adolescents traités, ce qui est très significatif puisqu'on se serait attendu à une détérioration de l'atteinte cardiaque au cours de cette période. Les troubles d'équilibre et de coordination sont restés stables chez huit patients et se sont aggravés chez les trois autres. Les niveaux sanguins de malondialdéhyde sont demeurés élevés chez tous les enfants ou adolescents. L'idébénone n'a donc pas d'effets majeurs au niveau de l'ataxie ou des tests de fonction des mitochondries, du moins pas à cette dose. Par contre, le fait que huit des onze sujets soient demeurés stables pourrait témoigner d'une efficacité partielle du médicament. Enfin, nous n'avons pas observé d'effets secondaires ou toxiques de l'idébénone chez nos patients.

Quoique les résultats ne soient pas spectaculaires, nous croyons qu'il faut continuer notre étude sur l'idébénone puisque c'est le premier médicament qui ait produit une amélioration (même si elle est surtout évidente sur le plan cardiaque) dans l'ataxie de Friedreich. Au cours des prochaines semaines, nous discuterons avec des experts de la possibilité d'augmenter la dose quotidienne d'idebenone chez les enfants et adolescents traités ou encore de combiner ce médicament avec un autre médicament qui pourrait améliorer la fonction des mitochondries de façon complémentaire à l'idébénone..

Ont participé à cette étude à l'hôpital Marie Enfant et à l'hôpital Sainte-Justine:
Mme Denyse Bernard, ergothérapeute.
Mme Louise Chicoine, physiothérapeute.
Mme Monique Émond, physiothérapeute et assistante de recherche.
Dr Anne Fournier, cardiologue.
Dr Guy Lepage, chercheur en nutrition et gastro-entérologie.
Dr Massimo Pandolfo, neurologue et responsable du projet.
Dr Michel Vanasse, neurologue.