Une équipe française obtient des résultats prometteurs dans le traitement d'une maladie d'origine génétique.


Un groupe de biologistes et de médecins français vient d'annoncer avoir réussi, pour la première fois, à obtenir des résultats prometteurs dans le traitement de l'ataxie de Friedreich, une maladie héréditaire aux conséquences gravissimes, due à la dégénérescence des neurones de la moelle épinière.

Cette annonce, publiée dans les colonnes du dernier numéro de l'hebdomadaire médical britannique The Lancet (daté 7 août), est faite par une équipe réunissant des généticiens de l'unité 393 de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) - Pierre Rustin, Jürgen-Christoph von Kleist-Retzow, Karine Chanterel-Groussart, Arnold Munnich et Agnès Rötig - et le docteur Daniel Sidi (service de cardiologie pédiatrique, hôpital Necker-enfants malades, Paris). Au vu des premiers résultats obtenus à partir d'un simple traitement médicamenteux, un essai à grande échelle vient, en collaboration avec le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière d'être lancé, pour une durée de deux ans auprès de cinquante-deux malades, dont vingt enfants.

La maladie - ou ataxie - de Friedreich a été décrite pour la première fois en 1863 par le neurologue allemand dont elle porte le nom. Elle se traduit par l'apparition, entre cinq et quinze ans, de troubles rapidement progressifs de la coordination motrice et de la sensibilité. L'intellect des malades et habituellement préservé. On ne disposait jusqu'à présent d'aucun traitement et la survie dépasse rarement le début de l'âge adulte. La mort est souvent due aux anomalies cardiaques (cardiomyopathie) qui sont associées aux lésions dégénératives des neurones. L'ataxie de Friedreich est la plus fréquente des maladies classées dans le groupe des "ataxies héréditaires". On estime qu'en Europe une personne sur cent vingt, est porteuse de l'anomalie génétique à l'origine des symptômes et de la pathologie observée. Cette anomalie, qui n'est pas liée au sexe, se transmet sur un mode récessif. Les porteurs de l'anomalie ne sont pas atteints si cette dernière n'existe qu'en un seul exemplaire, au sein de leur patrimoine héréditaire. En revanche, deux parents "porteurs" peuvent donner naissance à des enfants malades.


Un essai encourageant.


Il y a moins de dix ans, une équipe londonienne parvenait à localiser sur le chromosome numéro 9 le gène à priori impliqué dans cette maladie. Ensuite, grâce aux travaux de l'équipe du docteur Michel Koenig (Strasbourg) et aux nouveaux outils de dépistage génétique, fournis par le Centre d'étude du polymorphisme humain (Paris), ainsi qu'à la collaboration de près de deux cents familles concernées en France, en Italie et en Espagne, on a pu cerner plus finement la zone critique (Le Monde du 9 mars 96).

Les résultats obtenus aujourd'hui par les chercheurs parisiens, marquent une nouvelle étape dans la compréhension et la correction des processus physiopathologiques de cette maladie. Ces résultats sont d'autant plus importants, qu'ils ne correspondent pas aux schémas habituellement proposés et mis en œuvre dans ce champ de la pathologie humaine.

Ainsi, loin de "greffer" un fragment d'informations génétique visant à corriger l'anomalie, et loin d'administrer la protéine absente ou anormale du fait même de cette anomalie, les auteurs de la publication du Lancet ont cherché à corriger simplement, l'un des mécanismes pathologiques qui avaient été mis en évidence : une accumulation anormale de fer dans certaines structures intracellulaires - les mitochondries -, siège de la respiration cellulaire et de la production d'énergie. Ce "trop-plein" de fer conduit à l'apparition de molécules toxiques pour les cellules (radicaux libres).

Après des tests in vitro, une molécule - l'idébénone - s'est révélée plus efficace et dénuée d'effets secondaires. Un premier essai a été lancé chez trois jeunes malades pendant une période de quatre à neuf mois. "Les résultats sont encourageants. En peu de temps, l'hypertrophie cardiaque, qui peut être mortelle dans cette maladie, a significativement diminué et le produit est parfaitement toléré, précisent les auteurs de l'étude. La courte durée de cet essai n'a pas permis de noter de changement au niveau des atteintes neurologiques, mais l'entourage des malades a remarqué une amélioration de la force musculaire et de la précision des mouvements."

Les résultats de l'essai, lancé auprès de cinquante-deux patients, permettront de dire si les progrès observés dans la connaissance de la génétique moléculaire peuvent être prolongés par une approche pharmacologique classique. Si tel était le cas, les perspectives thérapeutiques en seraient considérablement élargies.



Jean-Yves Nau

(Article paru le 10 août 1999 dans le journal "Le Monde" )