LE RÔLE DE L'ORTHOPHONISTE
DANS LA PRISE EN CHARGE
D'UN PATIENT ATAXIQUE
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Juillet 2001
Christine POINTON - Orthophoniste
Service du Professeur MEININGER
Hôpital de la Salpetrière - Division Mazarin
47 Bd de l'Hopital
75 651 Paris cedex 17
avec la participation de Nelly VANDERBRULLE
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I. L'ataxie de Friedreich
Elle est la plus fréquente des ataxies héréditaires
autosomiques récessives.
Sur le plan neurologique, les manifestations cliniques sont l'ataxie des
mouvements oculo-moteurs, la dysarthrie, l'ataxie des membres, l'aréflexie
myotatique, l'atteinte pyramidale et l'atteinte de la sensibilité
profonde.
" Toutefois. les signes majeurs tels que la dysarthrie, le réflexe
cutané plantaire en extension et l'altération de la sensibilité
profonde aux membres inférieurs ne sont pas toujours présents
même après cinq ans d'évolution "
L'examen neurophysiologique démontre une neuropathie axonale, "
ce qui peut aider à distinguer l'ataxie de Friedreich des autres
ataxies ".
Des complications extra-neurologiques peuvent survenir: déformations
osseuses, cardiomyopathie, diabète.
Tant les déficits neurologiques que les anomalies osseuses contribuent
aux difficultés à la marche, qui constituent le déficit
clinique le plus invalidant.
" L'utilisation d'outils moléculaires pour confirmer le diagnostic
d'ataxie de Friedreich est très utile, particulièrement dans
les cas atypiques ".
L'ataxie de Friedreich est due dans 98% des cas à une expansion de
triplets au niveau du chromosome 9.
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| Principaux signes cliniques |
Anatomopathologie |
Début et évolution |
Fréquence |
Signes cérebelleux
ataxie axiale
ataxie des membres
dysarthrie
Signes pyramidaux
signe de Babinski
aréfléxie des membres inférieurs
Signes sensitifs
Diminution de la sensibilité profonde
amyotrophie
nystagmus
déficit moteur
poursuite oculaire saccadique |
Signes IRM
Après quelques années d'évolution
atrophie médullaire
Atrophie modérée à sévère du vermis en
fin d'évolution
Plus rarement atrophie des hémisphères cérébelleux |
Entre 5 et 15 ans
Exceptionnellement après 25 ans |
Prévalence :
1/50 000 dans la population européenne. |
Récapitulatif des données concernant l'ataxie
de Friedreich
D'après Legros et Manto |
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II. Définition de la
dysarthrie ataxique
En cas de lésions du cervelet, l'ataxie est
la manifestation clinique la plus remarquable.
Cependant, ses symptômes ne sont pas exclusifs aux maladies du cervelet,
et s'observent par exemple dans la sclérose en plaques.
Il faut accorder une attention particulière à la dysarthrie
ataxique, car elle est étonnamment riche en variations pathologiques.
L'ataxie se caractérise par des difficultés dans la régulation
de la forme, de la vitesse, de l'ampleur, du rythme et de la direction des
mouvements volontaires.
Il a été démontré que la surextension des mouvements
intentionnels provient du retard en phase terminale du mouvement, d'un délai
plus long que la normale entre la pause agoniste et le début antagoniste,
donc de l'inadéquation des forces de décélération.
Or, le même phénomène s'observe dans la parole dysarthrique.
Récemment, on a affirmé que des lésions aux hémisphères
cérébelleux (neo-cervelet) produisent notamment des symptômes
tels que l'hypotonie, l'hyporéflexie et l'asthénie. Il est
alors possible que la décélération observée
chez des patients cérébelleux dans leurs productions verbales,
soit un effet de l'hypotonie et de l'asthénie dans les muscles phonatoires,
plutôt qu'un problème de surextension. Cependant. l'explication
considérée comme la plus plausible est celle d'une difficulté
de l'alternance des mouvements ou adiadococinésie.
III. PRISE EN CHARGE AU COURS DE L'ÉVOLUTION
DE L'ATAXIE CEREBELLEUSE
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A - INFORMATION
ET GUIDANCE
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A l'annonce du diagnostic, le patient, sa famille et les différents
intervenants doivent bien comprendre qu'il s'agit d'une maladie évolutive
pour laquelle il n'existe pas, du moins pour l'instant, de traitement
curatif.
Il est important que les personnes concernées soient informées
des modalités évolutives afin d'éviter, au patient
et à sa famille les surprises de l'évolution souvent génératrices
d'angoisse, et aux soignants un sentiment d'impuissance malgré
leurs efforts, en raison de l'aggravation de la maladie.
Dans l'ataxie de Friedreich, l'évolution est progressive, tout
en étant plus rapide au début. Elle conduit peu à
peu et généralement vers une invalidité à
l'âge de 35-40 ans. C'est pourquoi un diagnostic précoce
est très important. En effet, il permet de prendre en charge le
plus tôt possible les différents symptômes afin de
les traiter au mieux.
Des associations telles que Vivre avec ... espoir (Association Française
de l'ataxie de Friedreich) ou Connaître les Syndromes Cérébelleux
peuvent également conseiller, soutenir, aider les patients et leur
famille (cf annexe).
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B - LA PRISE EN CHARGE
ULTIDISCIPLINAIRE
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Il s'agit ici d'une brève description du travail des différents
intervenants, la prise en charge orthophonique sera développée
ultérieurement.
La prise en charge d'un patient atteint d'alexie cérébelleuse
nécessite une action coordonnée de plusieurs membres d'une
équipe.
Le neurologue et le généticien suivent régulièrement
le patient (une consultation neurologique tous les six mois serait conseillée).
Il est intéressant de noter que depuis deux ans, un essai thérapeutique
est mis en place à l'hôpital de la Pitié-Sâlpétrière
pour les patients atteints d'ataxie de Friedreich, visant à réduire
la cardiomyopathie, les troubles de l'ataxie des membres et les troubles
de la voix. En effet, cette pathologie est due dans 98% des cas à
une expansion de triplets au niveau du chromosome 9.
Le gène incriminé code pour la frataxine. Récemment
il a été mis en évidence une accumulation de fer
dans les mitochondries des neurones et des cardiomyocites chez les patients
atteints de l'ataxie de Friedreich, suggérant que la frataxine
est une protéine impliquées dans l'homéostasie du
fer intra-mitochondrial. Ces travaux ouvrent donc de nouvelles perspectives
thérapeutiques pour cette ataxie héréditaire.
Le médecin généraliste
prescrit un traitement symptomatique (par exemple traiter les contractures
par des neurorelaxants comme le Dantrium ou le Lioresal)
Le kinésithérapeute est indispensable
pour le traitement de cette affection neuro-musculaire qui permettra parfois
de suppléer à ce qui est perdu. Le traitement kinésithérapique
consiste en une mobilisation (active ou passive) des membres inférieurs
et supérieurs, une rééducation du tronc pour réduire
l'hypotonie, de la colonne vertébrale et des troubles orthopédiques.
Il faut éviter toute rétraction, effectuer un travail moteur
d'entretien et un travail d'entretien respiratoire.
Toutefois, dans l'ataxie de Friedreich, beaucoup de patients sont atteints
de troubles cardiaques, ces derniers obligent à doser les exercices,
à ménager des temps de repos et à entreprendre un
apprentissage d'une respiration contrôlée car tout exercice
en apnée est proscrit. La durée, la fréquence et
l'intensité des exercices dépendront aussi de la fatigabilité
du patient.
Un bilan neurologique, cardiaque et orthopédique serait nécessaire
avant toute rééducation kinésithérapique.
L'ergothérapeute s'occupe de l'adaptation
à l'environnement, la diététicienne
suit l'équilibre nutritionnel, le psychologue
intervient pour soutenir le patient ainsi que sa famille, l'assistante
sociale informe et conseille pour l'obtention de certaines aides
sociales et l'orthophoniste prend en charge
la dysarthrie et les éventuelles dysphonies et dysphagies.
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C -
PRISE EN CHARGE ORTHOPHONIQUE DE LA DYSARTHRIE ATAXIQUE
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Lorsque la dysarthrie dont souffrent les patients ataxiques, est peu
importante, une communication verbale correcte est encore possible. Mais
cette dysarthrie, comme les autres signes de la maladie, est évolutive
et si l'on peut initialement tenter de Ia corriger par une prise en charge
orthophonique, tôt ou tard, les effets seront vains. Néanmoins
tant qu'elle est rend possible la verbalisation, il faut l'utiliser.
1. L'évaluation
L'évaluation physiologique de la dysarthrie
comporte deux éléments principaux. Il faut d'une part déterminer
quelles sont les composantes qui ne fonctionnent pas, d'autre part préciser
la sévérité et la nature des dysfonctionnements.
1.1 L'anamnèse
Elle apprécie l'histoire de la maladie, le mode et le lieu d'apparition
des troubles, les territoires atteints, le mode évolutif et les
conséquences pour le patient.
1.2 L'examen des praxies bucco-faciales
Il objective la force mais surtout la coordination musculaire et le degré
d'atteinte de la dysarthrie et éventuellement de la dysphagie :
- Mobilité linguale (essentiellement apex et base de langue) :
- tirer la langue
- rentrer la langue
- la mettre à droite, à gauche
- passer la langue sur les dents.
- Diadococinésies (à réaliser rapidement):
- ouvrir/fermer la bouche
- avancer/reculer les lèvres
- tirer/rentrer la langue
- déplacements de l'apex aux commissures des lèvres
- faire le tour des lèvres
2. Principes et objectifs d'une prise en charge
Le choix et l'ordonnancement de la prise en charge découlent
de l'évaluation faite. Par exemple, si l'on envisage la prise en
charge d'un patient qui présente à la fois une faible intensité
vocale et une hypernasalité, il conviendra, même si le larynx
et les composantes respiratoires semblent directement impliqués
dans la faible intensité de la voix, de commencer à rééduquer
le voile du palais, car les sons oraux perdent beaucoup de leur intensité
lorsque les cavités orale et nasale communiquent.
Par ailleurs, les cliniciens doivent analyser quels aspects de la parole
dysarthrique sont dus aux atteintes neurologiques et quels sont ceux qui
correspondent aux ajustement compensatoires à ces atteintes.
Enfin. le critère de sévérité ne doit pas
déterminer l'ordonnancement du traitement . Parfois, en débutant
la rééducation par une composante moins touchée,
le patient aura l'impression d'un succès plus rapide qui le motivera
pour le traitement des autres composantes et celui-ci du même coup,
pourra être plus efficace.
La prise en charge doit se mettre en place dès qu'apparaissent
les difficultés vocales, de parole et éventuellement de
déglutition. En effet, il est impératif de maintenir une
communication la plus aisée possible, communication nécessaire
dans le monde du travail car il ne faut pas oublier que ces patients sont
jeunes et que pour la plupart ils exercent toujours une activité
professionnelle.
Dans un premier temps, le patient pourra être vu 2 à 3 fois
par semaine pendant 1 mois afin d'acquérir les automatismes respiratoires
et les techniques de déglutition. Les patients étant fatigables,
il serait préférable de les voir le matin.
Puis les séances pourront être plus espacées dans
le temps, de l'ordre d'1 à 2 fois par semaine et complétées
d'un entretien personnel à domicile en suivants les conseils et
exercices proposés par l'orthophoniste.
Il s'agit d'accompagner la patient dysarthrique à :
- Compenser : apprendre à utiliser son
potentiel restant.
- Agir volontairement : faire consciemment
(volontairement) ce qui était fait inconsciemment (de façon automatique).
- S'auto-contrôler : contrôler, maîtriser,
critiquer sa propre performance.
- Démarrer très vite la rééducation :
il est très difficile de se débarrasser de mauvaises habitudes inefficaces,
il faut donc s'entraîner et compenser avant d'en acquérir.
- Etre motivé : c'est notre rôle d'aider
au maximum le patient dans cette démarche.
La plupart des dysarthriques sont traités selon des méthodes
traditionnelles qui ont pour but de modifier le comportement de la parole.
Toutefois, aujourd'hui l'usage d'instrumentation peut présenter
un grand intérêt. Des logiciels basés sur le principe
du " feed-back " visuel ou auditif permettent un contrôle
des paramètres acoustiques de la parole, tels que voisement, fréquence
fondamentale, intensité et durée, et sont des aides efficaces.
Les exercices proposés ci-dessous ne font appel à aucun
appareillage, et constituent bien sûr une liste non exhaustive.
La plupart de ces exercices sont proposés par Robertson et Thomson.
2.1 Travail de la respiration
Le travail de la respiration, par des exercices de souffle, contribue
à l'obtention d'une meilleure coordination pneumo-phonique dont
la maîtrise passe par la mise en place d'un mécanisme respiratoire
costro-diaphragmatique.
Ils visent aussi à augmenter la capacité vitale pulmonaire,
à faciliter le contrôle de l'inspiration et de l'expiration
et à améliorer la force et la coordination des muscles respiratoires.
Les objectifs à poursuivre sont la maîtrise du rythme et
de l'amplitude de la ventilation: être efficace sans se fatiguer.
Pour apprendre au patient à se détendre, l'expiration
doit ressembler à un soupir prolongé sans émission
vocale. La détente et la relaxation sont particulièrement
importantes pour les patients atteints de SCA, ces derniers étant
souvent très tendus..
Les exercices de respiration seront de durée variable et progressive,
en étant toujours vigilant à l'état de fatigue du
patient.
Celui-ci peut réaliser ces exercices en position allongée
ou semi-allongée, puis assise.
Attention, pour les patients atteints d'ataxie de
Freidriech, tout travail en apnée est à proscrire.
2.1.1 En position allongée
- On demande au patient de placer une main sur son thorax et l'autre
sur son abdomen. L'inspiration est nasale et calme, puis buccale et
rapide. Inversement, l'expiration est d'abord buccale puis nasale
et progressive. Le patient doit gonfler le ventre en inspirant sans
élévation du thorax et contracter le muscle abdominal
lors de l'expiration. Cet exercice privilégie la respiration
costo-diaphragmique, la plus efficace pour la phonation et permet
au patient d'apprendre à estimer ses mouvements respiratoires.
Remarque : la position allongée est déconseillée en cas de dysphagie
importante car elle augmente les risques de fausses routes à la salive.
- Le 3 / 4 : le patient inspire sur 3
temps (écartement costal, gonflement abdominal) et expire sur
4 temps (rentrée abdominale)
- A partir d'une consonne fricative /s/
: Cet exercice consiste à faire prolonger la consonne /s/,
avec une intensité et un débit régulier, afin
de mieux sentir la participation des muscles costaux et abdominaux.
Toujours sur l'émission du /s/, il s'agit ensuite d'augmenter
progressivement l'intensité afin de mieux comprendre le rôle
de la pression sous-glottique.
Enfin, le patient doit produire une succession de consonnes brèves
(s,s,s...) intenses, sur la même expiration afin d'entraîner
la souplesse de la paroi abdominale.
Remarque: quand elle est possible, la position allongée convenant
mieux que la position assise, un dossier avec inclinaison réglable
facilitera la respiration au cours de la production de parole, qui gagnera
en intensité.
2.1.2 En position assise
-
Decrescendo et crescendo : à partir de la fricative /s/, encourager
le patient à baisser et augmenter l'intensité sur le son expiré.
1- SSSSSS
2- sssSSS
3- sssSSSSSSSSS
4- sssSSSSSSSSSsssSSSSSSSSS
On peut répéter cet exercice avec beaucoup de variations
sur une seule expiration. Il faut encourager le patient à prendre
conscience des mouvements et de la pression importante dans cette zone
du diaphragme indiquant la possibilité d'exercer un contrôle
sur le flux d'air sortant. On peut varier l'exercice en changeant de
phonème fricatif non voisé.
- Compter en chuchotant : on demande au
patient d'expirer en comptant lentement jusqu'à 3 et en chuchotant,
puis d'augmenter progressivement jusqu'à 10, si possible sur
une seule expiration.
- Varier l'intensité du chuchotement :
le patient doit compter en faisant varier l'intensité du chuchotement.
1- 12345
2- 12345
3- 12345
4- 123456
5- 123456789
2.2 Travail de la phonation
L'anomalie la plus fréquente des mouvements laryngés, dans
la dysarthrie ataxique, est la mauvaise coordination de l'adduction des
cordes vocales. Le patient rencontre des difficultés dans l'initiation
de la phonation et dans le contrôle du volume et de la hauteur de
la voix. Les exercices phonatoires ont pour but de :
- Etablir une bonne coordination entre la respiration et la phonation.
- Réaliser une attaque vocale appropriée ( ni trop forte,
ni trop faible).
- Contrôler le volume.
- Atteindre une hauteur optimale.
- Faciliter les modulations de hauteur et d'inflexion.
- Permettre une résonance et une projection appropriées.
Pour travailler l'initiation de la voix
- Afin de faciliter l'initiation de la voix et de réduire la rudesse
et l'explosion de l'attaque, on demande au patient d'expirer par la
bouche puis de débuter la phonation du /a/. L'exercice doit être répété
plusieurs fois en réduisant progressivement la longueur de l'expiration
et en augmentant la longueur du /a/ vocalisé. On varie l'exercice en
changeant la voyelle.
1 . /........a:......./
2. /......a:......./
3. /....a:......./
4. /..a:......./
5. /a:......./
- Quand le patient a réussi l'exercice précédent, on encourage la même
démarche avec différentes constrictives sourdes précédant les voyelles.
1- /s.....a:
;s......i: ;s......u:/
2- /f.....a:
;f......i: ;f......u:/
3- /ch.....a:
;ch......i: ;ch......u:/
Pour le contrôle de la projection et du
volume
- bourdonnements : le patient doit produire
un /mm ... /, les lèvres fermées (et non serrées)
étant en contact étroit avec la cavité buccale
aussi large que possible (les dents ne doivent pas être serrées).
- Quand le bourdonnement est réussi : on
demande au patient d'ajouter une voyelle vocalisée au bourdonnement.
1. /m...a:.../
; /m...e:..../ , /m....o :.../;/ m....i:... / ; /m....u:..../
Progressivement, le patient doit réduire la longueur du /m/ et
augmenter celle de la voyelle.
2. /ma:...ma:...ma:.../
/mi:...mi:...mi:.../
3. /ma:...mo:...me:.../
/mi:...mu:...mo:.../
- · Contrôle du volume : à partir d'une voyelle
tenue, le patient doit suivre les instructions du thérapeute
afin de l'émettre de plus en plus, ou de moins en moins fort.
1. /a:....../
(faible
- fort)
2. /a:....../
(fort -
faible)
3. /a:....../
(faible
- fort - faible)
- Etendre l'étendue en hauteur : il faut
encourager le patient à chanter la gamme en montant et en descendant.
Pour cela, il peut utiliser une voyelle ou une combinaison consonne/voyelle.
L'objectif est d'obtenir au moins trois hauteurs différentes : bas /
moyen / haut.
- · Les glissements : quand l'étendue en
hauteur du patient est établie, on peut utiliser des exercices de glissements
qui couvrent toute cette étendue. Ces exercices annoncent le travail
d'inflexion et de la prosodie. En utilisant une voyelle, on demande
au patient de monter ou de descendre de la façon suivante :
- Glisser de bas en haut
- Glisser de haut en bas
- Glisser du médium vers le haut
- Glisser du médium vers le bas
- Glisser du bas vers le médium
- Glisser du haut vers le médium
- Glisser du haut vers le médium puis vers le haut
- Glisser du médium vers le haut puis vers le médium
- Glisser du bas vers le haut puis vers le médium
Pour lutter contre l'assourdissement des consonnes sonores
On propose au patient de prononcer la consonne en position inter-vocalique
et de faire allonger les voyelles qui l'entourent.
/a :....ba
:..../
/a :....da
:..../
/a :....ga
:..../
2.3 Travail du voile
" L'hypernasalité est définie comme la perception
excessive de la résonance au niveau de la cavité nasale
lors de la phonation des voyelles. "
C'est une caractéristique fréquente de la dysarthrie ataxique
et elle est due, le plus souvent, à l'incoordination du palais
mou et/ou des muscles palato-pharingés. Elle peut résulter
également d'une mauvaise position de la langue, en raison d'une
incoordination des mouvements linguaux.
En cas d'hypernasalité, beaucoup de dysarthriques négligent
l'articulation puisque leur parole demeure de toute façon inintelligible.
Le traitement du voile du palais doit alors précéder celui
des lèvres et de la langue.
Le dysfonctionnement du vélopharynx dans les dysarthries correspond
essentiellement à deux mécanismes : soit à une ouverture
constante du voile du palais, soit à une ouverture intermittente
et inappropriée.
Le traitement de dysfonctionnements légers et modérés
est souvent efficace. Ainsi, quelques dysarthriques parlent avec la bouche
peu ouverte, ce qui entraîne plus d'air à travers le vélopharynx.
Des exercices mettant l'accent sur une plus grande ouverture de la mâchoire
et sur des mouvements plus importants de la langue et des lèvres
peuvent atténuer ces dysfonctionnements.
Le principal mouvement recherché est l'élévation
du voile, pour cela on peut :
- Encourager le patient à bailler ; ce qui facilite l'élévation
du voile.
- Faire répéter une série
de consonnes nasales, d'occlusives sonores et de voyelles :
Exemple:
/mba: mba: mba:/
/nda:
nda: nda:/
/nga:
nga: nga:/
- Gonfler les joues : le patient doit
inspirer profondément puis tenir ses lèvres jointes et gonfler les
joues en maintenant cette position quelques secondes avant de relâcher
la respiration ( pincer les narines si cela peut l'aider à éviter
une émission nasale).
- Pour faciliter la coordination des mouvements
palato-pharyngés nécessaires pendant la parole,
il est important de conserver la progression suivante dans l'utilisation
des phonèmes :
- Réaliser des consonnes explosives orales sonores, labiales,
alvéolaires puis vélaires, suivies par une voyelle. Exemple :
/ba da, ga/
- Réaliser des fricatives orales suivies par une voyelle
Exemple :/fa, sa, a/
- Réaliser des alternances de consonnes orales et nasales dans
des logatomes puis des mots monosyllabiques. Exemple : /ba, ma
; ma, ba/
mé, pa ; moi, bon
mon, pon ; mon, bon
non, son ; moi, soi
- Réaliser des groupes contenant des sons oraux et nasaux dans
des syllabes ou des mots.
Exemple : / sma, smi smo/
snack, snob
asthme, isthme
2.4 Diadococinésies
La vitesse du mouvement des articulateurs tient une place importante
dans la précision de l'articulation et de l'intelligibilité.
Les exercice de diadococinésie représentent une partie importante
du travail précoce sur l'articulation.
Il est conseillé de faire ces exercices tout d'abord sans phonation
(uniquement les mouvements des articulateurs) puis avec phonation (répétition
de logatomes).
- La mâchoire : faire réaliser au patient des mouvements
alternatifs de fermeture et d'ouverture de bouche.
- Les lèvres : par réalisation de mouvements alternatifs
de projection et d'étirement.
- La langue, le patient peut réaliser :
- Des mouvements alternatifs de protrusion et de rétraction.
- Des mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement
du bout de la langue à l'intérieur de la bouche.
- Des mouvements alternatifs latéraux.
- Avec phonation, le patient peut répéter des voyelles
ou des syllabes mobilisant des points d'articulation opposés
:
Exemples : /u-i; u-i; u-i.../
/ kala ; kala ; kala ... / /laka ; laka .../
/ teke ;teke ;teke ... / /kete ; kete ;kete.../
/ peteke ;peteke ... / /bedege ; bedege ... /
Ces exercices sont à répéter aussi rapidement que possible en indiquant,
soit un nombre de répétition soit un temps limité.
2.5 L'articulation
En général, les patients ataxiques sont capables de produire
tous les sons de manière isolée, avec une amplitude et une
précision des articulateurs plus ou moins adéquates. Cependant
la précision articulatoire peut se dégrader dans des mots
plus longs, des phrases ou une conversation. L'orthophoniste peut alors
proposer les conseils suivants :
- Encourager le patient à ralentir lorsqu'il lit
à voix haute ou lors de la conversation. Ceci va lui donner plus
de temps pour compléter les mouvements articulatoires nécessaires pour
chaque son.
- Pour aider au contrôle du débit et donc
de l'articulation lors d'une parole continue, on petit donner au patient
un court passage de prose à lire à voix haute. Le passage doit être
découpé clairement en phrases et on recommandera au patient de lire
jusqu'à la fin de la ligne puis de s'arrêter, de respirer si nécessaire,
puis de continuer à lire jusqu'à la prochaine coupure.
2.6 Intelligibilité et débit
2.6.1. L'intelligibilité
L'intelligibilité représente non seulement un indice
de la sévérité de la dysarthrie, mais reflète
également l'intégration et la coordination de tous les autres
processus impliqués dans la parole (en particulier la respiration,
la phonation et l'articulation).
Elle dépend aussi du rythme, de l'accentuation et de l'intonation.
Le contrôle du débit doit être de façon concomitante
à la prise en charge de l'intelligibilité.
Lorsque l'intelligibilité est mauvaise, elle constitue l'objectif
essentiel de la rééducation. On peut alors demander au patient
de lire, de manière indirecte d'abord
puis de manière directe, à haute voix des phrases de longueur
croissante, puis des textes courts. Il peut également décrire
une scène (photo. dessin), une histoire séquentielle illustrée,
une méthode étape par étape (recette de cuisine ...
).
L'orthophoniste peut enregistrer les productions du patient, puis le laisser
écouter les enregistrements plus tard afin d'avoir un feed-back lui
permettant d'apprécier et de discuter son niveau d'intelligibilité.
D'autre part, l'orthophoniste petit choisir d'écrire ce qu'il entend
lorsque le patient lit ou décrit, puis donner au patient les informations
perçues pour vérification.
Une des tâches les plus difficiles pour tester l'intelligibilité
de la parole du patient est l'utilisation du téléphone.
S'il a atteint une bonne intelligibilité dans les situations de communication
en face à face, on peut lui proposer l'utilisation du téléphone
de façon progressive : il pourra appeler lui même l'orthophoniste
pour obtenir un rendez-vous, avoir un court entretien téléphonique
avec ses proches puis téléphoner pour obtenir une information
au cinéma, à la gare, à la mairie etc...
2.6.2 Le débit
Le contrôle du débit permet d'obtenir une bonne intelligibilité
de la parole. Yorkston et Beukelman considèrent que le débit
et l'intelligibilité sont si étroitement liés qu'ils
déclarent, dans leur programme thérapeutique que " le
contrôle du débit comme moyen d'augmenter l'intelligibilité
de la parole constitue un objectif précoce pour tous les sujets ".
Dans la dysarthrie ataxique, le débit est lent en raison des difficultés
à coordonner les muscles moteurs de la parole à la vitesse
normale. Dans ce cas, il est souvent préférable de permettre
au patient de garder un débit lent afin qu'un effet d'accélération
ne risque pas d'interférer avec l'intelligibilité et la précision
articulatoire. C'est seulement très progressivement qu'il faut encourager
le patient à essayer d'accélérer sa parole un petit
peu dans des phrases en utilisant des pauses à des moments appropriés
pour se reposer et reprendre son souffle.
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D.
Prise en charge de la disphagie
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1. Rappel
des différentes phases de la déglutition normale
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Préparation orale
Les aliments sont introduits dans la bouche. Ils sont mastiqués,
humidifiés par la salive et comprimés contre le palais osseux
pour former un bol alimentaire.
La langue pousse alors ce bol alimentaire vers l'arrière du pharynx.
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Phase pharyngée
La présence du bol alimentaire à l'ouverture du pharynx déclenche
le réflexe de déglutition. Celui-ci fait passer le bol à
travers la gorge jusqu'au sphincter situé au-dessus de l'oesophage.
Le larynx se ferme pour empêcher les aliments de pénétrer
dans les poumons. Les muscles pharyngés se contractent, poussant
ainsi le bol alimentaire dans l'oesophage.
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Phase oesophagienne
L'association des mouvements péristaltiques oesophagiens et de la
gravité fait passer le bol alimentaire à travers le sphincter
oesophagien jusque dans l'estomac
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2. Signes d'alerte des troubles de la déglutition
Phase orale préparatoire
- Fermeture incomplète de la bouche
- Mauvais Contrôle de la langue
- Bavage
- Faiblesse des muscles faciaux
- incapacité à boire en utilisant une tasse
- Incapacité à mastiquer
- Intolérance à certaines textures d'aliments
Phase Orale
- Stase dans la cavité buccale
- Amoncellement des aliments dans les joues
- Allongement du temps pendant lequel les aliments restent dans la bouche
- Mastication excessive
- Difficulté à initier la déglutition
Phase pharyngée
- Réflexe pharyngé excessif ou absent
- Congestion
- Sensation d'aliments "coincés" dans la gorge
- Difficulté respiratoire ou toux lors de l'ingestion d'aliments ou
de boissons
- Nécessité de déglutir plusieurs fois pour faire passer un seul bol
alimentaire
- Douleurs ou gêne lors de la déglutition
- Respiration audible
- Voix mouillée
- Mots mal articulés
- Passage d'aliments ou de salive dans les voies respiratoires
Phase oesophagienne
- Vomissement
- Régurgitation
- Reflux
- Reflux nasal
Autres symptômes
- Diminution des sensations buccales Aversion Inexpliquée pour les aliments
- Diminution inexpliquée des apports alimentaires
- Refus de s'alimenter
- Amaigrissement
- Anorexie
- Dénutrition
- Déshydratation
- Pneumonies à répétition
3. Prise en charge de la dysphagie
Chez certains patients ataxiques, nous avons pu relever
des troubles de la déglutition. Ces difficultés sont souvent
génératrices d'anxiété et peuvent entraîner,
parfois, une peur de s'alimenter. C'est pourquoi il est nécessaire
de mettre en place une prise en charge multidisciplinaire :
Un Orthophoniste
Qui déterminera
- la nature du problème
- alimentaire du patient
- s'il existe des fausses routes
- la texture d'aliments qui convient
- la meilleure position pour le patient
Un diététicien
Qui évaluera
- le mode
- l'apport d'aliments avec une texture adéquate
Les troubles de déglutition sont essentiellement de type fausses-routes
et concernent donc la phase pharyngée.
Les fausses routes peuvent arriver à n'importe quel moment, que se
soit avec des liquides, des solides ou même avec la salive.
4. Les conseils
4.1 Les postures
- La position du corps lors du repas est importante. Il faut être
en position assise, le dos droit
- la position de la tête joue également un rôle,
le but est de protéger les voies aériennes en baissant
la tête sur le sternum à chaque déglutition.
4.2 Les textures
4.2.1 Les liquides
Les fausses routes sont souvent plus fréquentes aux liquides car
la vitesse de passage est plus rapide qu'avec les solides et la toux reste
inefficace.
On préconise alors de boire par petites gorgées, de préférer
des boissons gazeuses et fraîches qui stimulent la déglutition.
D'épaissir les liquides à l'aide d'une poudre épaississante
ou de choisir des boissons déjà épaisses telles que
les nectars de fruits, yaourts à boire, etc...
Il faudra choisir un verre à large bord, afin que le nez puisse
rentrer dans le verre. Proscrire le fait de boire à la bouteille,
la tête alors en hyper extension favorise la fausse route en ouvrant
le larynx et les voles aériennes.
4.2.2 Les solides
Afin de permettre une propulsion plus facile, il est préférable
de prendre des aliments "mous" ou "ensaucés",
d'ajouter des corps gras (crème, mayonnaise) qui feront office
de lubrifiants et faciliteront ainsi le passage. Les textures sèches
(miettes de biscottes, semoule, grains de riz) ainsi que les textures
filandreuses (salades, poireaux, légumes ou fruits à peau)
seront à éviter.
Fig : Manoeuvre de Heimlich, différents modes d'exécution
Il peut être utile de connaître la manoeuvre de Heimlich qui
permet de faire ressortir l'aliment solide qui stagne dans les voles respiratoires.
Eviter selon l'idée reçue, de taper dans le dos de la personne
qui fait une fausse route. Ce geste ferait descendre l'aliment plus bas
dans les poumons !
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5. Conclusion
La dysphagie est un problème qu'il ne faut pas minimiser. Il exige
de la part du patient une concentration particulière
en prenant ses repas dans le calme et en respectant les conseils de postures.
Complément
Atteinte de l'AF, je suis diplômée en orthophonie depuis juin
2001. J'ai 22 ans et pour l'instant, je n'ai pas de problèmes de
voix, de parole. J'ai lu ce que Madame Pointon proposait comme exercices
et je pense qu'ils sont très intéressants. Pour donner ma
contribution, j'aimerais insister sur l'importance de la posture adoptée
lors de la phonation. Se tenir bien droit, le cou dans le prolongement de
la colonne vertébrale, le menton dirigé vers le sternum et
le sommet du crâne vers le haut comme si une mèche de cheveux
était tirée vers le haut. Les jambes ne doivent pas être
croisées et les pieds bien ancrés au sol ou au calle-pieds
du fauteuil. Les épaules doivent être relâchées
pour éviter toute tension au niveau du larynx. L'abdomen doit être
libéré, on évitera donc les pantalons trop serrés
pour favoriser une bonne respiration abdominale.
Au cours de l'alimentation, on peut tonifier la musculature linguale en
suscitant des mouvements latéraux de la langue en laissant entrer
la nourriture solide sur le côté de la bouche et non au centre.
Il faut bien comprendre que tout est lié dans la parole: en adoptant
une bonne posture, on favorisera une bonne respiration et une meilleure
ouverture des cavités de résonance. En contrôlant le
souffle et la respiration, on contrôlera mieux sa voix et en travaillant
les praxies bucco-faciales, l'articulation pourra s'affiner...
Aurélie |
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