Recherche médicale


De nombreuses expériences ont permis d'établir la localisation de la Frataxine dans les mitochondries et aboutissent à la conclusion que la Frataxine est impliquée d'une façon ou d'une autre, soit dans le transport, le stockage ou la manipulation des atomes de fer dans les mitochondries.

Sans connaître le rôle exact de cette protéine, on peut tout de même affirmer que l'absence de Frataxine conduit à une accumulation anormale de fer dans les mitochondries aux dépens du fer normalement présent dans le cytosol (liquide de la cellule).
Ainsi, lorsque le fer manque dans le cytosol, les cellules vont avoir tendance à capter de plus en plus de fer, et celui-ci, en l'absence de Frataxine, pourra s'accumuler, en quantité encore plus forte dans les mitochondries. Il faut savoir que le fer est extrêmement toxique, car il réagit directement avec l'oxygène pour produire des radicaux libres, eux-mêmes très toxiques pour la cellule.

Très récemment, des scientifiques ont montré que la Frataxine pourrait réagir à la présence de fer en formant des complexes sphériques (jusqu'à 60 Frataxines se réunissent ensemble) dans lesquels le fer vient s'accumuler. Si cette observation se confirme, alors ces complexes de Frataxine pourraient agir comme lieu de stockage du fer, avec pour conséquence de rendre le fer présent moins toxique et de permettre une utilisation correcte du fer dans les mitochondries.
Ainsi, le fer importé dans les mitochondries ne serait en réalité pas stocké, mais utilisé pour les synthèses des protéines qui nécessitent du fer pour leur fonctionnement.



Combattre l'ataxie de Friedreich



Quel que soit le mécanisme précis qui conduit à la toxicité du fer, il est désormais établi que celui-ci joue un rôle majeur dans le développement de la maladie. Du fait de l'augmentation supposée des radicaux libres, liée à cette accumulation de fer, une stratégie basée sur l'usage des antioxydants a été considérée en France et un protocole de tests est en cours.

Parmi les nombreuses substances agissant comme des antioxydants, les chercheurs se sont intéressés à celles qui ne réduisent pas le fer (pour qu'il n'y ait pas production de radicaux libres!).
Leur choix s'est porté sur l'idébénone, qui diffuse mieux dans l'organisme que la coenzyme Q10, une substance voisine, qui est naturellement présente chez l'homme. Ce traitement ne visant pas directement le fer, il a plutôt pour mission de protéger les cellules des effets toxiques du fer.
Les résultats, obtenus avec plus de cinquante patients, se révèlent prometteurs puisqu'après quelques semaines de traitement, une régression majeure de l'atteinte cardiaque a pu être observée, sans que des effets secondaires soient notés, ceci s'accompagnant, pour un certain nombre de malades, d'une amélioration de la voix et des mouvements fins.

Il faudra prendre un peu de recul, avant de conclure de façon définitive à l'intérêt d'utiliser ce médicament, mais dès maintenant, l'espoir existe de pouvoir interférer avec le développement de la maladie.
Il est indéniable, que dans un futur proche, l'utilisation de molécules voisines de l'idébénone pourrait même se révéler plus efficace, pour un plus grand nombre de patients.

Et dans un avenir plus lointain, le développement de la thérapie génique pourrait aussi permettre de s'attaquer à la base même de la maladie, soit au gène défectueux.

Propos recueillis auprès de Pierre Rustin, chercheur à l'INSERM